15.2.05

Errance

Dans le calme matinal, elle marche. Elle veut être loin. Les étoiles se diluent peu à peu dans la pure clarté de l’aube.
Le silence glacé qui transperce son corps ne trouble pas son avancée dans ce monde immobile. Les herbes sont aussi tranchantes et aiguisées que des éclats de verre. Les pieds nus en souffrent et pleurent des larmes de sang. Une traînée vermeille se répand sur la pureté immaculée de la neige. Mais elle ne sent pas la souffrance qui se noie dans un engourdissement général du corps. Un corps éreinté, brisé, insensible. Elle n’en est pas affectée, seul compte sa destination. C’est un esprit flottant dans une plaine où l’aurore vient s’imposer sur les relents d’obscurité laissés par la nuit. La douleur lancinante se fait plus forte, l’envahit complètement. Elle se laisse envelopper d’un voile fluide qui fige son corps dans un sommeil brûlant. Elle gémit doucement, ferme les yeux sur le monde. Le sang s’est figé dans les veines Il n’y a plus d’étoiles dans le ciel balayé par les pâles rayons d’un soleil encore hésitant. Plus d’étoiles car elles se sont éteintes, comme lui, comme elle maintenant.

Tout est vide et plein, où est sa vie ? Puisqu’elle n’est plus, pourquoi ces sensations à présent ? L’apaisement, la chaleur viennent s’ajouter à la renaissance de sa conscience. Un bruit, des voix. Lointains mais réguliers, affairés, affolés. Les sons s’amplifient de concert avec la douleur. Le corps n’est qu’une plaie à vif, brûlé par le fluide glacé. Les pensées engourdies ne distinguent que des bribes de conversations.


Où es-tu ? Pourquoi m’as-tu sauvé ? Je voulais te rejoindre, être de nouveau avec toi… Se retrouver… à nouveau… avoir cette chance…

Il ne répond plus et l’a laissée aux mains de ces voix qui n’en finissent pas de crier des ordres. Les yeux… Ils s’ouvrent lentement. La vision est floue et douloureuse. Elle ne voit rien que du blanc, de la lumière, la solitude, la mort. Son cœur continue à battre faiblement. On la soulève, on l’emmène vers la vie, vers la fin.
Ses yeux distinguent un immense miroir de glace. En son centre, une cassure. Le passage, désormais infranchissable, vers sa vie, sa délivrance.


Nephthys